Schauble and the hard core of the EU
On the main french daily paper "Le Monde"; Wolfgang Schäuble responsible for the foreign affairs in the team of Stoiber (the conservative leader that will challenge Shroeder in the next german elections) proposes again that France and Germany should be the hard core of the future EU and the engine of its building.

Le Monde 16.07.02

Wolfgang Schäuble, responsable de la politique étrangère dans l'équipe Stoiber

"L'Europe ne peut marcher que si Paris et Berlin jouent un rôle moteur"

Comment allez-vous relancer les relations franco-allemandes après sept ans de doute ?

Au cours des cinq dernières années, les relations franco-allemandes n'ont pas été aussi intenses qu'elles auraient dû l'être. Si nous gagnons [aux élections de septembre], nous ferons tout pour qu'elles soient non seulement bonnes, mais qu'elles redeviennent un élément central de la politique allemande.

Jacques Chirac propose un nouveau pacte fondateur. Qu'en pensez-vous ?

C'est une bonne idée de rappeler l'importance du traité de l'Elysée et la signification de l'amitié franco-allemande non seulement pour nos deux pays, mais pour l'Europe et le partenariat transatlantique. Mais nous devons aussi nous attaquer aux problèmes concrets. C'est une lourde erreur de la part du gouvernement allemand actuel de donner l'impression de vouloir utiliser les dernières négociations sur l'élargissement de l'Union pour imposer une réforme de la PAC (politique agricole commune). Edmund Stoiber a immédiatement déclaré que ce n'était pas notre position. Nous avons besoin d'une réforme de la PAC, mais il a été entendu qu'on en parlerait en 2006. On doit utiliser ce temps pour aboutir à une position commune franco-allemande. Ce ne sera pas facile, mais c'est possible si on ne se met pas sous pression. Il serait bon aussi que sur la réforme des institutions européennes on discute plus à fond de nos conceptions, mais pas sur la place publique, par un dialogue confiant où l'on écoute les arguments de l'autre. La France et l'Allemagne veulent une Europe plus forte, plus active, plus efficace. Et cela ne peut marcher que si la France et l'Allemagne jouent un rôle moteur. Ce n'est pas dirigé contre d'autres. C'est un service rendu à l'Europe tout entière. Si nous voulons y arriver, il est clair qu'il nous faut avoir des positions communes.

Les sceptiques disent que, depuis la réunification allemande, les changements de générations à Paris et à Berlin, la coopération franco-allemande est moins nécessaire que jadis. Partagez-vous ce raisonnement ?

Je ne suis pas du tout d'accord. Je suis convaincu du contraire. Je ne peux expliquer une telle position que par un manque de connaissances historiques et géographiques. Qui connaît un peu l'Europe sait que, si la France et l'Allemagne ne tirent pas dans la même direction, l'Europe ne peut pas faire face aux défis énormes auxquels elle est confrontée.

La partie française en est-elle convaincue ?

Je suis très confiant. Nous connaissons Jacques Chirac depuis longtemps, et tous les hommes politiques qui comptent aujourd'hui en France. Les Français ayant pris leurs distances avec les "avantages" de la cohabitation, il y a une bonne chance d'avoir, avec la nouvelle majorité, une coopération constructive. D'ailleurs, j'ai l'impression que, après le sommet de Nice, beaucoup en Europe, pas seulement en France et en Allemagne, ont compris qu'il est mieux pour tous que le moteur franco-allemand soit plus fort.

Vous êtes donc favorable au report de toute décision sur la PAC pour éviter une confrontation franco-allemande...

Il ne s'agit pas de reporter la réforme. Il s'agit de respecter les engagements pris au sommet de Berlin en 1999. Il ne faut pas mener la discussion comme si l'Allemagne était particulièrement défavorisée au sein de l'Union européenne. Je suis partisan d'une UE plus efficace en sollicitant moins les contribuables. Mais je suis contre le fait de nous comporter comme si nous étions les trésoriers-payeurs de l'Europe. Ce n'est pas ainsi que l'on fait avancer la coopération. La nécessité fondamentale d'une réforme de la PAC n'est contestée par personne, y compris en France par le président de la République.

La réforme ne sera-t-elle pas plus difficile après l'élargissement ?

Ce sera plus difficile, mais la nécessité en sera encore plus pressante. Je ne suis pas pessimiste.

Sur la réforme des institutions européennes aussi, la France et l'Allemagne ont des positions divergentes...

Nous sommes en faveur d'une construction fédérale pour l'Europe. Par fédéral, j'entend la séparation et la répartition des pouvoirs. Tous les pouvoirs ne doivent pas procéder d'une autorité centrale, comme dans la tradition française. Cette construction doit permettre, selon moi, à l'Europe d'être plus forte sans que l'identité étatique des pays membres disparaisse.

Faut-il renforcer la Commission ou le Conseil ?

Nous sommes favorables à un renforcement démocratique de la Commission. Mais j'ajoute immédiatement : il est tout à fait clair que nous aurons besoin encore pendant longtemps dans des domaines importants, la politique étrangère et la sécurité, de la coopération intergouvernementale. On doit trouver des solutions pour lier plus étroitement cette coopération aux institutions communautaires.

Dans le papier Schauble-Lamers de 1994, vous proposiez un "noyau dur" pour l'Europe. C'est toujours votre position ?

Le principe de nos réflexions de 1994 reste pertinent. Si l'on veut faire avancer l'Europe, il faut de la souplesse. Avec vingt-cinq membres ou plus, il y en aura toujours un qui ne pourra pas ou ne voudra pas aller aussi vite que les autres, et le rythme ne doit pas être déterminé par le plus lent. La dynamique ne peut être insufflée que par un noyau solide de pays membres. Nous avons déjà dit à l'époque que le cour du noyau, c'était la France et l'Allemagne...